Conséquences individuelles et traumatismes

On sait qu’une agression sexuelle a des conséquences immédiates comparables à celles d’un choc violent comme une catastrophe naturelle ou un attentat.

Dans les cas les plus graves, les femmes disent souvent avoir vu la mort en face, avoir eu la conviction profonde, à un moment ou à un autre, que leur vie était en jeu. Le regard de l’agresseur, sa violence, la façon dont il traite la victime (même s’il n’y a pas de brutalité physique) provoquent chez elle une tempête d’émotions, de terreur et une paralysie psychique.

Lors d’agressions sexuelles, le traumatisme est aggravé par le fait que le mal est infligé par un autre être humain (contrairement aux catastrophes naturelles par exemple), en contact direct et au mépris du refus de la victime, de son effroi et de sa souffrance. L’acte d’un homme va ruiner la confiance d’une femme: confiance envers les hommes en général et aussi envers elle-même en tant que femme. Il va déformer gravement sa perception des hommes et de la société, engendrer un profond sentiment d’insécurité, encore plus important quand l’agresseur lui était connu. L’agression sexuelle blesse la partie la plus intime de la femme, de son corps comme de son esprit, de sa relation à elle-même et aux autres.

Les femmes agressées n’arrêtent pas de se poser la question :
pourquoi moi ?

Après une agression sexuelle, on repère trois grandes étapes que nous allons détailler.

Le choc

Impossibilité d’admettre la réalité

Sous l’effet du choc, on croit vivre hors de la réalité, dans un cauchemar. Cette réaction entraîne généralement une sorte d’arrêt psychique, de paralysie. C’est juste un mauvais rêve. On ne fait rien, on ne décide rien. Tout est bloqué.

Ce n’est pas possible, ça n’a pas pu m’arriver…

Perte des repères dans l’espace et dans le temps

Tout est embrouillé. On ne sait plus ce qui s’est passé, où, quand et comment. Ce qui est arrivé juste après, quel jour c’était, quel jour on est. Cette confusion est ressentie comme un symptôme de maladie mentale.

Je deviens folle, je crois que je suis folle, on me prend pour une folle…

Sensation d’être sale, souillée

Le sentiment d’être souillée touche à la fois le corps et l’esprit, il provoque un besoin irrépressible de jeter ses vêtements, de se laver et relaver de cette souillure.

Peurs et terreurs

L’agression sexuelle, parce qu’elle est une violation corporelle et mentale, voire une menace de mort, est source de terreur.

La peur exerce une telle emprise qu’elle force souvent la victime à se taire. Cependant, tout reste fortement ancré dans son esprit: les menaces, l’effroi, les violences, les odeurs, les sons et les couleurs. Ils resurgiront plus tard, soudainement, sous forme d’images, de souvenirs tenaces, de cauchemars.

Cette entreprise puissante réduit ou anéantit la capacité d’autonomie, en particulier celle qui permettrait de poursuivre l’agresseur en justice.

Autres manifestations

Différents troubles peuvent survenir momentanément: troubles du sommeil, anxiété, irritabilité, agressivité, agitation, état d’alerte, sursauts, transpiration, accès de panique, irruption soudaine d’images de l’agression, ou encore sentiment d’étrangeté, impression de ne plus rien ressentir à l’égard de l’entourage, manque d’attention aux autres, difficultés de concentration, troubles alimentaires, troubles de la sexualité, etc.

Ces réactions sont normales, c’est la situation que vous avez vécue qui est anormale !

Auto-culpabilisation

Alors que l’agresseur, dans la plupart des cas, n’éprouve aucune culpabilité après l’agression, la victime se juge responsable, donc coupable. Elle s’estime à l’origine de tout et va examiner minutieusement ses faits et gestes sous cet angle.

Si je ne m’étais pas habillée comme cela. Si je n’avais pas fait ceci, dit cela, si, si…

C’est l’agresseur qui est responsable
de ses actes.

Honte

La honte est pour la victime. Honte d’avoir été utilisée comme un objet sexuel, honte de ne pas être morte alors même que quelque chose a été tué en elle. Alliée à l’humiliation et la culpabilité, elle isole et enferme la victime, l’incite au repli sur elle-même.

Tumulte des émotions

Abattement et léthargie ou parfois excitation euphorique d’être encore en vie: le tumulte des émotions compose un mélange détonnant. Elles se contredisent, se juxtaposent, se succèdent brusquement, contribuant à augmenter la confusion.

Vous ne vous reconnaissez plus vous-même, vos proches ne vous comprennent plus. Demander de l’aide vous paraît un effort gigantesque. Le premier pas va être de mettre des mots sur ce que vous avez vécu.

Le réajustement

Peu à peu la personne agressée a le sentiment d’émerger. Elle éprouve le besoin de s’extraire de tout ce qui relève de cet événement et de reprendre le cours habituel de sa vie. La réalité de l’agression devient moins obsédante.

Les perturbations s’atténueront peu à peu. Ce n’est pas une question de volonté ou de courage…
Les blessures ne cicatrisent qu’avec le temps !

« Il est important de pouvoir être soulagée en faisant appel à une aide psychothérapeutique le plus rapidement possible afin d’éviter l’organisation des mécanismes de défense qui sinon rendra le travail thérapeutique plus complexe mais pas impossible. »

tiré de Norbois & Casalis, p.99-100

L’intégration

Cette phase peut durer de quelques mois à quelques années. La femme agressée a repris le cours de sa vie et retrouvé un certain équilibre.

Pourtant, lorsqu’elle repense à l’agression, des sentiments de trahison et de culpabilité peuvent encore se manifester.

La colère se développe souvent dans cette période, contre l’agresseur ou contre les instances et les personnes qui sont intervenues à la suite de l’événement. Des attitudes ambiguës ou des remarques insidieuses suscitent parfois de fortes émotions. Les cauchemars, les images soudaines et les frayeurs peuvent encore survenir. Les effets sur la vie sexuelle ne prennent plus les mêmes formes, mais peuvent persister. La femme se reproche de ne pas être capable de se débarrasser de toutes les séquelles de l’agression.

Pour celles qui ont entamé des poursuites, le déroulement de la procédure judiciaire, généralement assez lent, peut aussi avoir une grande influence sur la réapparition des symptômes.

Cet état découle de la gravité du traumatisme et non pas d’une incapacité à le surmonter. Cette phase peut être longue et douloureuse car on perd confiance en ses forces de guérison. Une aide et un accompagnement dans ce lent processus sont alors essentiels.

Acceptez de vous donner du temps pour traverser cette période de découragement et cicatriser vos blessures.